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déc 07 2009
La notion de rattachement et la date de 1792

Joseph de Maistre
On sait que la notion de rattachement de la Savoie à la France en 1860 s’appuie sur l’intégration de la Savoie à la France révolutionnaire, en 1792. Sur les circonstances exactes de ce rattachement du peuple savoisien (comme on disait alors), représenté par l’Assemblée des Allobroges, on pourrait faire de nombreux articles, mais deux lignes de force apparaissent. La première est purement conjoncturelle, comme cela apparaît si souvent lors des échanges de territoires entre États: les émigrés français installés en Savoie après 1789 se sont montrés si arrogants, si débauchés - si malhonnêtes, aussi -, qu’une partie du peuple de Chambéry, notamment, fut trop heureux de pouvoir se rattacher à la République française: cela permettrait de chasser ces nobles insupportables.
De fait, lorsqu’on lit Rousseau ou Lamartine, il apparaît que la noblesse de Savoie était assez proche de la population, plus que ne l’était la noblesse française, qui était pleine de superbe. A cet égard, la noblesse savoyarde ressemblait parfois à celle de Bretagne. A la différence près qu’elle n’était pas entrée en conflit ouvert avec le Roi. Son influence pouvait donc s’exercer assez librement.
Cependant, malgré les réformes que constituaient l’imposition des nobles et la création du cadastre, beaucoup de gens aspiraient à davantage de liberté. Près de Genève, l’influence de la cité de Calvin fut à cet égard importante. Mais les idées libérales se répandaient aussi à Chambéry, par l’intermédiaire par exemple des loges maçonniques.

Sénat de Savoie
Il y eut également, en profondeur, un sentiment d’humiliation, vis-à-vis de Turin, dès avant la Révolution : les Savoyards étaient blessés par l’influence grandissante des Piémontais, alors que Chambéry conservait une prééminence théorique. Joseph de Maistre par exemple se plaignit que la loge maçonnique mère de Chambéry reçût de plus en plus de directives de Turin, où se trouvaient l’aristocratie financière et la haute administration. Car Joseph de Maistre eut le titre d’orateur, au sein de la loge maçonnique chambérienne à laquelle il appartenait. Au Sénat de Savoie, dont il était membre, il se plaignait, dans ses discours de rentrée, de l’éloignement du pouvoir vis-à-vis du peuple, et en particulier, que ce pouvoir fût exercé sur la Savoie depuis le Piémont. Il fut longtemps jugé extrêmement libéral par le gouvernement central. Même après la Révolution, il demanda au roi Louis XVIII la permission de pouvoir se considérer comme un de ses sujets. Des prémices du rejet de l’Italie qui s’exprima en Savoie en 1859, avec le refus des députés savoyards du parlement de Turin de voter l’emprunt de guerre contre l’Autriche, étaient déjà présents à la fin du XVIIIe siècle.
Rémi Mogenet.

