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jan 11 2010
Bilan I : le point de vue des Savoyards
Le moment est venu de faire le bilan de cette chronique que je m’étais engagé à produire au travers de trente articles : il s’agit en effet du 27e.
Je ferai en réalité deux bilans : cette semaine, je récapitulerai les sentiments des Savoyards, en traçant à cet égard des lignes de force ; la semaine prochaine, je ferai pareil pour les sentiments des Français à l’égard de la Savoie et son annexion à la France. J’évoquerai également les sentiments des Suisses, et en particulier des Genevois, qui fait écho en grande partie à celui des puissances non impliquées directement par l’événement, alors.

Saint-Empire
On a compris que, sur le plan économique, les Savoyards, en 1860, se sentaient à l’étroit. La fin des relations privilégiées avec les Allemagnes depuis la Révolution française en 1789 et la dissolution du Saint-Empire romain germanique en 1806, puis la fermeture de la frontière avec la France et avec Genève en 1815, ont grandement frustré les Savoyards sur le plan commercial, et les ont privés de débouchés importants. Ils continuaient à émigrer en masse vers la France, en particulier Paris et Lyon, mais ils étaient reconduits régulièrement à la frontière.
Dans le nord de la Savoie, Genève et la Suisse représentaient néanmoins un appel d’air important.

Armoiries du Faucigny
Sur le plan émotionnel, il n’est pas tout à fait exact que, comme l’a dit le regretté Claude Castor dans son ouvrage sur le Faucigny, les sentiments aient, jusque dans le nord du Duché, été entièrement favorables à la France, la Suisse n’attirant les cœurs que pour l’argent. En fait, la France attirait aussi pour ses débouchés économiques, pour l’argent, et la Suisse attirait aussi pour des raisons sentimentales, ou morales. Depuis toujours, le Faucigny est lié à Genève : les seigneurs de Faucigny sont issus des comtes de Genève ; les évêques de Genève les plus prestigieux étaient souvent de cette maison de Faucigny ; le Faucigny a été imprégné de l’histoire du tourisme mené depuis Genève, et qui a accompagné l’essor de la philosophie des Lumières. Mieux encore, la démocratie genevoise et plus généralement suisse a souvent suscité des désirs, en Savoie du nord, et il en était ainsi depuis l’époque où la Suisse avait pris son indépendance vis-à-vis des princes du Saint-Empire. On peut citer à cet égard la révolte des Robes Rouges, menée, au XVe siècle, par des paysans de Megève qui s’inspiraient des magistrats souverains de Berne et des autres cités de la Confédération helvétique.

Armoiries de Chambéry
Cela dit, c’est bien une même aspiration vers la démocratie qui a conduit nombre de Savoyards à se rattacher à la Révolution française, puis, par conséquent, à l’empire napoléonien. Or, le souvenir en était resté vif, et plus on s’éloignait de la Suisse, moins le modèle bernois ou genevois était prégnant.
Or, le sentiment patriotique interne à l’ensemble du Duché s’était bien développé, au cours des siècles. Il existait un vrai sentiment d’unité, et les Savoyards qui se sentaient liés à la Suisse plus qu’à la France existaient, mais, en nombre, ils demeuraient, je pense, minoritaires. Au-delà du Faucigny, du Chablais et des Usses, le sentiment favorable à la Suisse s’estompait, ou du moins se diluait fortement. Et le centre de la Savoie demeurait Chambéry, davantage liée à Lyon et à Grenoble : car le Duché était assez centralisé, en lui-même. La Savoie était donc plutôt destinée à basculer d’un bloc vers telle ou telle nation.
En outre, le sentiment catholique restait fort, et Napoléon III le soutenait davantage que Turin, Berne ou Genève : le fait est évident, et il y a peu à en dire, mais c’est justement parce qu’il a eu un poids considérable. L’Église catholique romaine, en Savoie, avait conservé une autorité énorme.
Enfin, l’aspiration des Italiens à l’unité italianisait et unifiait culturellement et linguistiquement l’ensemble du territoire concerné, et la Savoie, qui appartenait fondamentalement à la francophonie, ne se sentait justement pas concernée : elle n’avait pas vraiment sa place dans cet ensemble nouveau.

Massif du mont-Blanc
Remarquons cependant que la Suisse romande appartient elle aussi à la francophonie. Ce n’est pas sous cet angle qu’il faut penser le rattachement ou la réunion avec la France de façon exclusive, sans aucun legs à la Suisse. Je pense que c’est le sentiment patriotique savoyard qui a joué à plein, à cet égard, et que la France lui doit au premier chef d’avoir pu annexer aussi le nord de la Savoie - qui comprend le pays du mont-Blanc, symbole pourtant si important à Paris en 1860 : c’est un paradoxe.
On peut en conclure que le particularisme savoyard fut une condition nécessaire à sa réunion à la France, aussi surprenant cela paraisse-t-il. Mais pour une région située à la périphérie du territoire national, et en bordure de deux pays étrangers, cela n’a rien que de très logique, si on y réfléchit bien !
Rémi Mogenet.


C’est un peu étrange de présenter la Savoie comme une nation, ce qu’elle est, et de dire plus tard que la Savoie ferait partie de la nation Française.
J’ai rarement entendu dire qu’une nation faisait partie d’une autre.
La république Française c’est un état, mais certainement pas un pays avec un nation unique.
Soit la France est un empire, soit il est possible d’imaginer que deux nations s’unissent pour en former une troisième, qui sera nouvelle, même si, comme lorsque deux familles s’unissent au sein d’un mariage, l’un des deux époux prend quand même le nom de l’autre, ce qui n’empêchera pas ses enfants de prendre aussi des caractéristiques venant de lui. Après tout, le mariage entre Francs et Bourguignons antiques par le mariage de Clotilde et de Clovis peut se comprendre de cette façon. Je pense que les nations sont comme de grandes familles.
L’ONU ne cautionne pas vraiment la théorie du “mariage”. Et pour cause là la France et la Savoie s’épousent (mariage forcé) et les enfants (le peuple) ne sont que les enfants de la France.
Je vais aller dire 2 mots au juge des affaires familiales.
Non décidément cela ne colle pas.
Dans les faits, l’égalité parfaite, au sein d’un couple, existe rarement, et une famille prend souvent le pas sur l’autre. Celui qui impose son nom (le mâle, dans la tradition familiale) peut souvent ne rien laisser à son conjoint et à sa famille. De fait, on peut regretter que le patrimoine de l’ancienne Savoie n’ait pas un droit de cité complet dans la France postérieure à 1860, que les grands écrivains savoyards par exemple n’aient pas été accueillis dans le panthéon littéraire français. Je crois que, symboliquement, il eût fallu ou il faudrait qu’au Panthéon, à Paris, on accueille un grand homme de l’ancienne Savoie : ce serait important. Pensons à Berthollet, par exemple. Dans les faits, Paris a imposé sa culture sans quasiment rien prendre de l’ancienne Savoie, laissant celle-ci aux instances départementales savoyardes tout en ne se privant pas de diffuser l’enseignement de sa culture propre dans les deux départements.
On ne parlait pas vraiment de sociologie familiale, et il existe une différence nette entre “prendre l’ascendant ” et “mépriser l’autre”. Et je constate que le pas a été largement franchi.
Ce dont nous parlons s’appelle pour l’ONU “Assimilation forcée” ou encore “génocide culturel” et ce que vous préconisez ne fait rien avancer, ce serait ramener une fois de plus tout à Paris, c’est une erreur, c’est persévérer dans le centralisme. A croire qu’il n’y a qu’un seul endroit qui compte.
Cherchez “Berthollet” vous verrez très souvent “chimiste français”, je ne nie pas qu’il ait longtemps travaillé à Paris, mais s’il n’y avait que lui pour qui on trouve ce raccourci trop rapide.