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jan 18 2010
Bilan II : le point de vue français sur l’Annexion
Dans ce second bilan, je voudrais revenir sur la manière dont les Français, ainsi que les Genevois, ont ressenti l’annexion de la Savoie.

Mont-Blanc
Le pays du mont-Blanc avait acquis un prestige considérable, notamment grâce aux Genevois ou aux Anglais qui, partis de Genève, l’avaient exploré, au XVIIIe siècle, et avaient même conquis le toit de l’Europe, puisque c’est sous l’impulsion en particulier d’Horace-Bénédict de Saussure que les Savoyards Balmat et Paccard l’ont gravi, les premiers dans l’histoire recensée de l’humanité. Or, les récits de H.-B. de Saussure ont ensuite eu un succès considérable, et tous les voyageurs désireux de visiter la Savoie auront par la suite avec eux, si ce n’est les écrits de cet illustre géologue, au moins ceux d’autres Genevois qui auront repris ou complété ses remarques.

Jacques Balmat et Horace-Bénédict de Saussure
En 1860, les Français furent donc particulièrement fiers de pouvoir intégrer dans leur territoire cette montagne, et Napoléon III ne risquait pas de la laisser échapper en l’abandonnant aux Suisses, comme il le leur avait promis. Il fit tout pour le conserver.
Ce fut, pour les Genevois, une déception profonde. Ils exprimèrent clairement leur amertume. Or, derrière eux, ils avaient les Anglais, qui détestaient Napoléon III, et poussaient Berne à exiger l’exécution de la promesse qu’il avait faite de lui laisser le Faucigny et le Chablais.

Lamartine
Même si le mont-Blanc focalisait tous les désirs, le reste de la Savoie, naturellement, fut apprécié aussi. J’ai évoqué le lac d’Annecy ; j’aurais pu évoquer celui du Bourget, chanté jadis par Lamartine ; le Salève, rendu célèbre par sa proximité avec Genève ; et les bords du Léman, que Lamartine également chanta. Quant à Chambéry, Rousseau en avait fait un vibrant éloge.
La Savoie apparaissait comme une Suisse du sud. Victor Hugo même ne cessa jamais de la présenter comme un jardin béni des cieux !
Mais si le pays, en tant qu’ensemble physique, charmait, et même enthousiasmait, ses habitants et leur culture propre suscitaient des sentiments plus partagés. Dans la presse officielle, proche de l’Empereur, on se réjouissait, apparemment, de s’attacher un peuple qui avait compté parmi ses enfants François de Sales, Vaugelas et les frères de Maistre ; mais la presse parisienne moins directement liée au pouvoir se gaussait, de son côté, des paysans miséreux de Savoie, des montreurs de marmottes et des ramoneurs. Le souvenir de la princesse Clotilde, fille de Victor-Emmanuel II qui avait épousé le cousin de Napoléon III, Jérôme Bonaparte, pour préparer justement l’alliance entre la France et le Piémont - et, par là-même, l’annexion de la Savoie -, demeurait dans les mémoires, et il n’était pas reluisant : cette princesse n’avait rien d’une élégante, étant très pieuse et peu gracieuse - peu jolie, même. Ne l’avait-on pas surnommée la reine des marmottes ? Cela ressemble à un conte, et cela peut être pris en bonne part ; à mes yeux, l’image même de lutins qu’ont les ramoneurs, avec leurs bonnets et leurs ceintures rouges, a aussi sa poésie, son charme : dans plusieurs romans français, ils furent apparentés aux esprits domestiques de la maison, aux bons génies des familles. N’est-ce pas, aussi, un petit Savoyard dénué de tout qui provoque providentiellement la conversion de Jean Valjean au Bien, dans Les Misérables de Victor Hugo ?

Marie-Clotilde de Savoie
Pour autant, la culture propre aux Savoyards, faite de piété quasi mystique, et d’un extérieur plutôt humble et modeste, ne trouvait pas vraiment grâce aux yeux d’une aristocratie parisienne éprise de faste et d’urbanité, d’élégance, de mode et de mœurs libres.
Les premiers préfets envoyés dans les deux départements de Savoie, eux-mêmes, se plaindront de n’être pas accueillis à bras ouverts par la bonne société locale, de n’être pas invités à dîner par les meilleures familles : les mœurs des Savoyards leur apparaissaient comme austères, ou peu dégrossies.
Mais la Savoie est un pays aux limites de la France et de deux pays étrangers, d’une part ; et, d’autre part, en tant que pays de montagnes où la vie n’est guère possible, elle est aux confins du monde humanisé, aux portes de la nature livrée à elle-même. Cette double caractéristique est à prendre en bloc, comme sont à prendre en bloc à la fois le paysage et les gens qui y vivent.

Lune sur mer en Polynésie
La Savoie est un peu comme une île lointaine, d’un certain point de vue : elle ouvre sur l’ailleurs ; or, l’on ne doit pas s’ouvrir seulement sur un ailleurs abstrait, qui est celui des pays lointains : l’ailleurs des confins de la France même engage aussi le devoir de s’ouvrir au monde qu’a l’être humain.
C’est en tout cas mon avis.
Rémi Mogenet.


Les savoyards sont longtemps restés des citoyens de seconde zone pour la France.
Les expressions d’insulte comprenant le mot “savoyard” fleurissent dans la fin du XIXème siècle et le début du XXème, c’est après la seconde guerre mondiale que les choses commencent à changer.
Le TIMES le célèbre quotidien avait donné son témoignage journalistique de l’annexion à l’époque, les Britanniques étaient outrés des traitements faits par l’empire sur la Savoie. Cependant les français n’étaient pas forcément satisfaits d’intégrer les savoyards, des étrangers, qui volaient le travail des ouvriers français. Il y eu de nombreuses affiches racistes “anti savoyard” accusés d’un peu tout ce qui se faisait à l’époque et qui représentaient un danger car ils ressemblaient au français lambda et parlaient presque comme lui.
Les français voulaient bien la Savoie, mais pas les savoisiens, surtout à Paris.
Enfin les princesses de Savoie depuis La reine velue et ses amours lesbiennes jusqu’à Marie-Clotilde et ses manières différentes de celles de Paris présentaient une image négative tenace de la haute société savoisienne.