fév 01 2010

Remerciements & adieux

Publié par Rémi le 10:42 dans Non classé

 

Clio, muse de l'Histoire, à laquelle je me suis voué durant cette chronique

Clio, muse de l'Histoire, à laquelle je me suis voué durant cette chronique

Le moment, chers lecteurs, est venu de nous quitter. C’est ici le dernier article d’une série que je suis content d’avoir réalisée, mais dont le sujet n’éveille plus en moi de nouveaux désirs, si j’ose m’exprimer ainsi : je ne vois pas ce que je pourrais ajouter.

J’ai essayé d’évoquer des aspects de l’Annexion qui n’étaient pas très connus, et qui sortaient avant tout des livres d’autrefois que j’avais pu lire.

Je n’ai pas voulu porter de jugement global trop net sur l’Annexion, car je pense que quand on saisit les faits de l’intérieur, qu’on les place dans son cœur, pour ainsi dire, et qu’on les laisse s’animer d’eux-mêmes, se joindre - ou au contraire se disjoindre - et se constituer en réseaux cohérents, tendant à l’unité, le jugement naît de ses forces propres : il relève soudain de l’évidence, selon moi.

Mon opinion, en effet, est que le jugement n’est pas une idée toute faite, ou créée de l’extérieur, qu’ensuite on plaque sur les choses : je crois que les choses portent en elles-mêmes leur valeur, laquelle se fait jour peu à peu, ou alors grâce à l’intuition des historiens, voire des poètes, ou simplement des philosophes. A partir du jugement qui au bout du compte éclôt spontanément de la végétation des faits, le politique agit : comme le comte de Savoie dans la Genève médiévale, il exécute ce qu’il faut exécuter (car on sait que le comte de Savoie a hérité de la charge du vidomnat, à Genève, qui lui permettait d’exécuter les décisions des juges liés à l’Évêque, auquel bien sûr revenait la souveraineté sur la cité). Je pense que l’historien met en place les faits, qui d’eux-mêmes créent le jugement, sur lequel, au fond - et s’il a bien fait son travail -, tout le monde est d’accord. Le bras du corps social - qui est le politique -, ensuite, n’a plus qu’à prendre les décisions qui s’imposent pour appliquer ce jugement. Qu’il le fasse de lui-même, ainsi que devaient le faire les bons princes d’autrefois, ou contraint par un programme sur lequel il est élu, n’y change finalement rien, l’élection étant surtout un moyen de surveiller les politiques, de veiller à ce qu’ils agissent conformément à ce que tout le monde admet comme juste, et non selon leurs intérêts propres - comme, il faut le reconnaître, les princes ont fini par le faire souvent : de fait, on pourrait déjà dire que Victor-Emmanuel II fut surtout mû par le souci de ses revenus, durant son règne !

Victor-Emmanuel II, dernier roi ayant gouverné la Savoie

Victor-Emmanuel II, dernier roi ayant gouverné la Savoie

Je voudrais remercier le créateur de ce blog, l’auguste Dahu - de légendaire mémoire -, de m’avoir proposé de le nourrir, car ce fut une expérience merveilleusement enrichissante, qui m’a aidé moi-même à avoir sur ces événements et sur la Savoie en général une vision à la fois plus profonde et plus globale, plus vaste.

Je dois remercier également les commentateurs, qui ont témoigné une affection ardente, en général, pour leur petite patrie - comme on disait autrefois - et m’ont amené à préciser à la fois ma pensée sur les événements et la conception que j’ai du rôle de l’historien, ou de celui qui scrute l’histoire pour en saisir le fond et l’essence, comme j’ai ici essayé de le faire. Peut-être eût-il été souhaitable que des intervenants regardant la réunion de la Savoie à la France d’un œil globalement favorable intervinssent aussi : pourquoi pas ? Je trouve que toutes les opinions devraient pouvoir s’exprimer harmonieusement, car jamais les choses ne sont tout d’une pièce. La vérité embrasse toutes les tendances, les bonnes et les moins bonnes, et l’avenir même ne peut, à mes yeux, être fondé que sur un équilibre de toutes les forces qui peuvent orienter le regard - et le tirent effectivement dans des directions différentes, dans les faits.

L’équilibre ne signifie pas la neutralisation de ces forces : il faut bien que certaines tendances soient mieux portées que d’autres par ce qu’on appelle le Sens de l’Histoire.

Isaac Asimov : le sens de l'Histoire

Isaac Asimov : le sens de l'Histoire

Quand on va vers un endroit nouveau, de fait, s’il ne faut pas aller trop vite, c’est parce qu’il faut regarder si les voies de droite ou de gauche ne pourraient pas être empruntées de préférence à celle qui continue tout droit ; et à la fin, il faut décider.

Quatre directions sont toujours possibles, en principe : car on peut aussi revenir en arrière.

Mais l’équilibre, c’est justement d’observer, de peser, et d’avancer en conservant avec soi sa raison et son jugement. Même une idée qui dès le départ a paru lumineuse doit pouvoir s’épurer, se corriger, se compléter par l’expérience : il faut, donc, continuer à la mouvoir au sein de sa pensée. Telle est en tout cas ma façon de voir. Notre éducation nous pousse à avoir des objectifs clairs, mais je crois qu’à cet égard, trop de clarté n’est pas souhaitable, parce qu’elle simplifie à l’excès les choses, et soit bloque le timide qui verra se dresser sur son chemin des obstacles, soit précipite sur ces mêmes obstacles le tempérament passionné. La souplesse doit demeurer maximale, afin de permettre l’adaptation, et le but doit rester lumineux sans arborer des formes trop délimitées. Cela lui ferait du reste perdre de son éclat, car la lumière ne demeure pas dans ce qui se cristallise trop. Le but, en devenant un objectif, perd de sa poésie, et cesse de rayonner dans l’âme…

But lumineux sans forme très précise : Rothko

But lumineux sans forme très précise : Rothko

C’est sur ces paroles qui se projettent sur l’avenir de façon plutôt vague - je le reconnais -, que j’aimerais achever cette chronique hebdomadaire.

Rémi Mogenet




6 commentaires à “Remerciements & adieux”

  1.   Aymonsur 01 fév 2010 le 12:24

    Snif !
    C’est beau et dommage de s’arrêter en si bon chemin, cette chronique aurait pu évoluer en exposant le panthéon des hommes et femmes de Savoie. Et c’est pas trop tard au fait ^^, un onglet de plus et hop.

    Je comprends mieux le rôle de l’historien, observer et rapporter les faits car on ne peut être rapporteur, juge et parti.

    Merci pour nous avoir fait sentir l’état d’esprit de l’époque côté français et savoisien et pour toutes ces belles pages sur des aspects inconnus ou ignorés de cette période.

    Arvi !

  2.   Mitsur 01 fév 2010 le 12:59

    Merci.

  3.   CDsur 01 fév 2010 le 13:22

    Oui, merci! à Rémi Mogenet d’avoir soulevé des pans moins connus de notre beau pays de Savoie. Et merci aussi pour l’ honnêteté intellectuelle et l’ élégance vers lesquelles il s’est constamment tourné lors de son “Journal de bord d’une Annexion…” Si tous les historiens de métier faisaient preuve d’une telle rigueur intellectuelle et d’une telle capacité à envisager les nombreuses faces d’un événement, bien des polémiques s’atténueraient. Entende qui peut.

  4.   Rémisur 01 fév 2010 le 14:02

    Merci à vous. J’ai essayé de varier les angles de vue, ou de regarder les différentes facettes du diamant que constitue le passé.

    Pour continuer sur ce blog consacré à l’Annexion, il faudrait avoir de nouvelles choses à dire sur l’Annexion, et je pense que d’autres à présent peuvent intervenir, s’ils veulent revenir sur certains aspects, ou les compléter, ou même les contester, s’ils ont trouvé des faits qui vont dans un sens que je n’ai pas exploré, soit par manque de capacité, soit par blocage intime : car qui n’en a pas ?

    Pour les grands hommes de la Savoie en général, je pense qu’il faudrait créer un autre blog, car le titre ne conviendrait plus spécialement. Mais ce blog sur l’Annexion est venu d’une dynamique créée par “Dahu”, et pour moi, j’essaye, en ce moment, de publier sous forme imprimée un livre sur les grands écrivains originaires de la Savoie depuis 1914, et d’autres livres consacrés aux liens entre la Savoie et la littérature devraient suivre.

    Du reste, ce blog a l’avantage d’être collé à l’actualité ; un blog sur les grands hommes de la Savoie aurait-il le même avantage ? Je peux seulement signaler que nous fêtons actuellement le 400e anniversaire de la fondation, à Annecy, de l’ordre de la Visitation par François de Sales et Jeanne de Chantal, et qu’il s’agit certainement d’un épisode important de l’histoire de la Savoie, notamment sur le plan culturel, car cet ordre a rayonné bien au-delà de nos montagnes. François de Sales lui-même fut un grand homme de la Savoie, il ne brille pas seulement au sein du panthéon catholique, mais aussi au sein du panthéon de Savoie. J’écrirai sous peu un article sur ce 400e anniversaire, sur mon blog genevois. A bientôt !

  5.   bbear730sur 01 fév 2010 le 18:18

    Avec un grand remerciement pour ces exposés :150 ans de l’Annexion de la Savoie
    Superbe travail

  6.   RMsur 02 fév 2010 le 14:08

    Merci à vous tous !

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